Mendi Ederrak

De l'égologisme à l'écologisme, le fric.

30 Janvier 2016, 12:02pm

Publié par Peio

L'argent... un sujet qui dérange. Le monde de la finance est montré du doigt, haï. Dans le cadre des élections présidentielles de 2012, deux phrases de François Hollande resteront dans les anales : "mon véritable adversaire, c'est le monde de la finance", "Je n'aime pas les riches". Judicieusement placées, elles auront contribué à son élection. Rassurez vous, François n'est pas haineux pour autant. Une fois élu, il nommera un certain Macron (ex banquier chez Rotschild, autant dire qu'il ne finançait pas la transition écologique ou des projets solidaires...)... à l'économie!

Pourquoi ce foutu fric? Initialement, l'argent est le fruit d'un travail, d'énergie que l'on souhaite échanger contre quelque chose que d'autres ont fait. L'argent permet donc d'accéder à des choses que nous ne savons pas faire, ou que nous ne voulons pas faire. L'argent est une invention géniale, qui a vraiment contribué au progrès de la condition humaine! Je citerai Pierre Rabhi (Vers la sobriété heureuse) qui en parle mieux que moi, "L'argent, invention destinée à rationaliser le troc, noble représentation de l'effort, de l'imagination, de la créativité, de la matière utile à la vie, a été dénaturé par celui que l'on "gagne en dormant".

Le problème, c'est ce qu'on a fait de l'argent, la valeur qu'on lui a donné. Les échanges entre les humains, avec la création de frontières, de zones économiques, de différentes monnaies, de différentes systèmes monétaires et boursiers, l'avénement de la finance ont complexifié la valeur et l'utilité de l'argent. Les grandes crises financières ou crash boursiers peuvent attester de la non maîtrise de l'homme sur la monnaie, et d'un certain délire irresponsable. . Je pourrais m'étendre longuement sur tous les maux causés par la finance, sur le non sens de notre "économie", mais ce n'est pas le but de mon post.

Dans mes réflexions et mon cheminement pour une vie plus éco-responsable, et un peu plus sensée, je me suis d'abord interrogé sur ma consommation (normal en tant que bon homo-consommatus). Comment consommer mieux, de manière responsable? Mais surtout comment consommer moins (notamment en matière de transports où je pêche sérieusement)? Ce n'est que dans un second temps, que je me suis penché sur la question de l'argent, pourtant tout aussi cruciale. Je travaille et gagne bien ma vie, j'ai un pouvoir d'achat conséquent, la possibilité d'épargner et d'investir. Je me suis rendu compte qu'une partie conséquente de mon argent (donc indirectement de mon énergie) était utilisé à des fins qui n'étaient pas du tout en adéquation avec mes opinions. Je m'efforce à consommer moins et mieux, mais via mon épargne actuelle, je participe à un système financier qui est nuisible aux causes que j'essaie de défendre! J'ai de plus en plus de mal à supporter cette idée, donc je me renseigne activement pour voir comment je peux mieux utiliser mon argent. La motivation de ce post est de partager avec vous des alternatives qui ont retenu mon attention, et vous inviter à participer à faire vivre ces projets, nouveaux systèmes, plein de bon sens et qui ont besoin de vous pour vivre.

Je vais commencer par les monnaies locales, qui ont d'ailleurs, très bien été présentées dans le film Demain. Personnellement, j'ai entendu parler de la première fois des monnaies locales avec l'Eusko en Pays Basque Nord, pionnière. Aujourd'hui, à Strasbourg, je compte bien participer à l'essor du Stück! ll coexiste aujourd'hui en France une quinzaine de monnaies locales (il y en aussi à Toulouse, Chambéry, Bordeaux, Brest...). Et une dizaine d'autres sont en projet. Pour beaucoup, aujourd'hui, les monnaies locales, c'est pour les bobos, c'est bien farfelu, à quoi ça sert d'échanger nos euros contre des Euskos ou des Stücks?

C'est tout simplement une alternative pour apprendre à ré approprier la monnaie, à ré inventer une économie non spéculative et résiliente (aujourd'hui, 3% seulement des flux financiers de l'euro soutiennent l'économie réelle, le reste n'est que spéculation), consommer local, éco-responsable et éthique, dynamiser l'économie locale et solidaire, enfin cela est un moyen indéniable de lutter contre la fraude fiscale. Quel est le système pour que cette monnaie circule, et reste un moyen d'échange? Une décote régulière et minime, donc aucun moyen de faire fructifier les monnaies locales. Le Stück n'a pas vocation à enrichir les gens matériellement. Pour qu'une monnaie locale marche, il faut que tout le monde joue le jeu, consommateurs, fournisseurs, et commerçants. Basques, alsaciens, toulousains, renseignez vous et participez à construire une économie responsable, durable et résiliente!

Les banquiers... Nous sommes beaucoup à ne pas les porter dans notre estime, et pourtant, nous leur confions notre argent. La crise de 2008, et bien d'autres scandales ont mis en lumière leur irresponsabilité, leur cupidité et leur folie, et pourtant, encore, nous leur confions notre argent. Comment faire autrement? Là aussi, il existe des solutions. Je viens d'ouvrir un compte courant au Crédit Coopératif, et un compte d'épargne. Le Crédit Coopératif est une banque qui investit dans des entreprises sociales et éco-responsables, mais aussi dans des associations, des fondations et des coopératives qui mettent l'humain au premier plan.

En ouvrant mon compte courant, j'ai choisi une association parmi une vingtaine (Actions contre la faim), à laquelle le Crédit Coopératif versera 6 centimes ou 12 centimes à chacun de mes retraits. Puis j'ai ouvert un livret AGIR (intérêt 1,5% jusqu'à 15 300 euros), où là aussi j'ai choisi une association parmi une soixantaine (Terre et humanisme), à qui je verserai la moitié de mes intérêts. L'argent placé sur ce livret servira à accorder des crédits aux clients du Crédit Coopératif qui oeuvrent pour la plupart dans l'économie sociale et solidaire. Il existe plusieurs autres supports d'épargne, pour répondre aux différentes attentes de chacun.

Une autre banque éthique et éco-responsable donnera bientôt aussi la possibilité d'ouvrir des compte-courants: la NEF. C'est aussi un acteur majeur dans l'économie éco-responsable, c'est d'ailleurs la banque des euros échangés en Stück!

Je me suis renseigné aussi sur les différents moyens pour investir dans l'écologie verte, comment participer à développer les énergies renouvelables? Là, aussi, il y a pas mal de choses intéressantes qui se mettent en place. Un site de crowfunding a particulièrement retenu mon attention: lendosphere.com, et j'ai fait mes deux premières offres de prêt afin de soutenir deux projets d'éolienne d'envergure, un dans le Soissonnais et un autre dans le Tarn. A noter que les gains ne sont pas marginaux! Un autre moyen pour soutenir les énergies renouvelables sera de souscrire au Pass' Vert (l'énergie coop de l'Electricité de Strasbourg, et oui, encore une exception alsacienne).

J'ai donc découvert que j'avais bien des possibilités pour dépenser, et investir mon argent dans des causes qui sont en cohérence avec mes aspirations, et j'en suis très heureux!

Je profite aussi de ce post pour vous parler du film Demain. Ce film m'a motivé, dynamisé. J'ai tellement accroché que je suis retourné le voir une deuxième fois avec toute ma famille. Je me réjouis du succès qu'il connaît et qu'il ait aujourd'hui dépassé les 600 000 entrées. J'ENCOURAGE TOUT LE MONDE A ALLER LE VOIR, SI CE N'EST PAS ENCORE FAIT.

De l'égologisme à l'écologisme, le fric.

Demain est un film pragmatique et plein d'énergie qui proposent des solutions déjà éprouvées pour sauver le monde de la catastrophe écologique. Rares sont les documentaires aussi complets qui ont abordé autant de champs que Demain. En effet, tout y passe: l'agriculture, l'énergie, la politique, l'économie, l'éducation... Cyril Dion et Mélanie Laurent ont réussi leur coup en insufflant une réelle dynamique.

Je n'ai qu'un seul reproche, ou plutôt commentaire à faire sur ce magnifique documentaire. Tout au long du film, les leaders politiques et les grandes firmes multinationales sont montrées du doigt, et à juste titre. Les premiers par leur manque de courage, et leur indépendance vis à vis des seconds. Les seconds par leur soif insatiable de richesse, de "pouvoir", et leur irresponsabilité face à la situation écologique. En parallèle, nous voyons des exemples de réussites à différents niveau: ville, communauté, pays... Mais, moi, je ne me suis pas senti interpelé en tant qu'individu (même sentiment quand j'ai regardé Cash Investigation sur les pesticides cette semaine). Or, c'est pourtant, moi qui décide de travailler pour cette firme, qui décide de consommer les produits de telle firme, qui décide de prendre l'avion ou la voiture, qui décide de placer mon argent dans cette banque, qui décide de placer mon épargne ici, qui décide de voter pour nos leaders politiques. Au final, nous n'avons que ce que nous méritons. C'est trop facile de remettre la faute entière sur nos leaders politiques ou nos patrons, car nous décidons de les faire exister. Je pense que l'écologisme repose avant tout sur une prise de conscience individuelle. C'est un passage inévitable pour que l'on puisse y arriver. Il faut que chaque individu arrête d'attendre des autres, et se remette en question, assume ses choix.

Demain nous prouve bien que toutes les solutions sont déjà là! Pour nous en sortir, à nous de faire bouger les choses!

Ondo izan!

Peio

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