Mendi Ederrak

Dôme de neige des Ecrins, l'ivresse de la haute montagne

15 Juillet 2016, 17:55pm

Publié par Peio

Je ne vais pas vous raconter cette course. Oui, j'aurais pu vous raconter mes émotions, mes premiers pas sur un glacier avec des crampons. Je pourrais, une fois de plus, vous dire à quel point la montagne est belle. Les photos ci-dessous en attesteront.

Mais, je n'ai pas trop le coeur à cela. En ce moment, je me pose beaucoup de questions sur le sport qui m'a façonné, et qui occupe une place trop importante dans ma vie.

Les premiers efforts, sentir son cœur battre à rompre, les jambes qui brûlent. Le goût qu’ils donnent à l’eau. Découvrir son corps. Goûter à l’endorphine. Se laisser aller. Le premier marathon. Se dépasser, les frissons sur la ligne d’arrivée. L’euphorie. Le sentiment d’accomplissement. S’entraîner, s’affuter. Nager. Courir. Rouler. Skater. Secréter plus d’endorphines. S’entraîner plus, se fixer des objectifs. S’oublier dans l’effort. Tout oublier dans l’effort. Grimper le Ventoux, L’alpe d’Huez, le Tourmalet, le Galibier. Du mental. Devenir addict . Grimper plus vite. S’ouvrir le capot. Voir en noir et blanc. Du mental. Idolâtrer des marchands de rêves et des facilitateurs de croissance. Des baskets. Un cuissard à 180 euros. Une montre, un gps, un altimètre. Strava et la chasse aux KOMs. Se faire plaisir, céder : un vélo en carbone, et des roues à 2000 euros. Faire plus de courses. Plus dures, plus longues. Abandonner. Recommencer. Ne pas abandonner. Du mental. Faire de la douleur son ami. Passer la nuit à courir dehors. Du mental. Passer deux nuits à courir dehors. Plus. Plus. Plus. Devenir une machine. S’inscrire au tirage au sort pour Zegama. Chasser les points pour faire le tour du Mont Blanc. Se frustrer. Monter à 3000, du gasoil, une membrane. S’émerveiller. Monter à 4000, du gasoil, des crampons, une doudoune. Se sentir infiniment petit. Se griser. Monter à 5000, du kérosène, une photo de profil facebook collector. Monter à 6000, du kérosène, des sous et des sherpas. Monter à 7000, s’élever au dessus de la misère, attention, penser au cercueil. Se sentir vivant. Vivre. Ne pas avoir de regret. Assouvir ses envies. Rêver, toujours, encore. Réaliser ses rêves. Un par un. Quoi que ça coûte. On a qu’une vie. Vivre. Rêver plus grand. Se blaser. Se frustrer. Assouvir ses envies. Vivre à 1000 à l’heure. Ne pas penser à demain. Profiter de l’instant présent. Communier avec la montagne, choisir son chemin, se sentir libre. Jouir. Plus haut, plus loin, plus exotique, plus difficile, plus beau. Plus de risques. Plus. Plus. Plus. S’élever au dessus de la morosité, des problèmes sociaux et du laid. Sentir le temps suspendre son vol au lever du soleil sur une ligne de crêtes. Sentir le temps nous manquer. Courir. Pas de place pour la tranquillité, pour la routine. Ne pas revenir sur ses pas. Prendre tout ce qu’il y a à prendre. Tout. Ne pas laisser une miette. Ne pas penser à demain. Ne pas perdre de temps à critiquer, ou s’indigner. Positiver. Quand ce n’est pas beau, s’élever. Poster la bonne photo, écrire le statut qui va interpeler. Vendre du rêve. Un maximum de likes. Donner l’envie à ses proches. Faire crever d’envie. Ne plus avoir de frontières entre projet de vie, loisirs et consommation.

Une vie à la quête de sensations, une vie de contemplation, une vie de défi, une vie à la conquête de l’inutile. Une vie à positiver et s’émerveiller. De la liberté, des choix. Une vie où orgasmes et frustrations se succèdent sans cesse. Une vie sans réflexion et compassion. Une vie de consommation, sans construction. Une vie de mouton. Une vie à meurtrir la nature, malgré la proximité. Une vie de drogué. Une vie d’ignorance et de déni.

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Massif du Mont Blanc

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Photo de profil pour Facebook

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Ma sherpa, Claire!

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Photo de couverture?

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Pelvoux

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