Mendi Ederrak

Mobilité 2016: résultats, analyses et réflexions

20 Décembre 2016, 17:44pm

Publié par Peio

Samedi 17 décembre, inauguration des trois premiers bacs de compostage collectifs d’Oberhausbergen, lors de son discours, le maire précise que la proximité d’un parking a été déterminante dans le choix du lieu de compostage…

Nous avons calculé que si un citoyen se donnait la peine de composter tous ces déchets organiques, cela réduirait ses émissions C02 d'environ 3 kilos par an, soit 15 kilomètres de voiture. Autant dire que s'il utilise sa voiture pour aller composter, trier… il ferait mieux de s’abstenir ! Encore faut-il qu'il le sache...

 

Cela fait maintenant 3 ans que je m’intéresse à l’écologie, que je me remets en cause, que je change. Dans mon cheminement, j’ai essayé d’adopter des démarches rationnelles et réfléchies. J’ai écrit plusieurs fois au sujet du bilan carbone, qui est l’outil, malgré ses limites (le compostage collectif apporte des choses qui ne peuvent être mis en avant par le bilan carbone : renouer avec la Terre, le lien social, l'éco-citoyenneté, la promotion d’engrais naturel…) qui m’a permis de comprendre là où mes choix impactaient négativement sur l’écologie, et donc ce que je devais changer en priorité. Dans mon cas, je me suis aperçu que ma mobilité n’était pas durable, elle était même extrêmement destructrice. Sans négliger les autres domaines (logement, alimentation, consommation etc…), c’est sur mes déplacements que j’ai accentué mes efforts.

 

J’aimerais partager avec vous la nature de ces derniers et mes réflexions. En effet, je pense que beaucoup d’entre nous sous-estiment le fort impact environnemental de certains modes de déplacement (je pense tout particulièrement à la mobilité aérienne).  Je vais vous présenter un certain nombre de chiffres dont je peux assurer la certitude à plus ou moins 10%. Au vu de la transparence actuelle des constructeurs automobiles et aériens, de la puissance de leurs lobbys, il m’a été difficile de trouver des chiffres crédibles, j’ai fait du mieux que j’ai pu en confrontant de nombreuses sources. Je m’exercerai à comparer mes déplacements sur deux périodes : 2011 à fin 2015, et 2016.

 

New York City une ville fascinante, l’île de la Réunion, sa nature exubérante et ses montagnes volcaniques, l’Argentine, terre de contrastes, du majestueux Fitz Roy aux chutes tropicales d’Iguazu, Seville l’andalouse, Rome l’éternelle, Barcelone la catalane rebelle d'Ada Colau… J’en ai vu des choses ces dernières années. Je garde de certains voyages des souvenirs impérissables. L’amour de la montagne, la soif de découverte, d'aventure, le partage de moments privilégiés avec mes proches et la rencontre de d'autres citoyens du monde les ont motivés.

Cependant, il y a 2 ans de ça, ce même amour de la montagne, l'amour de mes proches et surtout ma bienvieillance pour leurs enfants m’ont conduit à calculer mon premier bilan carbone, à ouvrir les yeux sur ce que l'on ne m'avait jamais montré auparavant. Le travail de vulgarisation de Jean-Marc Jancovici, puis plus tard la lecture de Pierre Rabhi et bien d’autres choses m’ont amené un tout autre point de vue sur ma mobilité (et bien plus encore…), et à regretter notamment mon consumérisme excessif dans le domaine.

 

Afin de limiter mon impact environnemental, j’ai tout d’abord diminué ma mobilité. En 2016, je me suis déplacé 30% de moins que de 2011 à 2015. Non, je ne suis pas passé en home office (37% de ma mobilité pour me rendre au travail), et non, nous n’avons pas passé toutes nos vacances dans les Vosges. Je continue à travailler à Haguenau, et cette année, je suis allé en… Pays Basque, mais aussi dans le Jura, à Lisbonne ou encore à Lyon. Ce qui fait que j'ai parcouru l'équivalent du tour du globe ou encore plus de 100 km par jour! Cela me laisse pantois… Par contre, pas de vol long courrier, de court séjour lointain, optimisation des vacances en Pays Basque avec le mariage de ma sœur, beaucoup de sorties vélo en partant de la maison. Voilà, comment j’ai pu tout de même diminuer de près de 30% ma mobilité.

kilométrage total annuel pour me mouvoir d'un point à un autre (n'inclut pas la pratique sportive, hormis le vélotaf)

kilométrage total annuel pour me mouvoir d'un point à un autre (n'inclut pas la pratique sportive, hormis le vélotaf)

Je ne prônerai en aucun cas la non-mobilité, et je continuerai à encourager chacun à partir à la rencontre de nouvelles cultures, à échanger. Comment ne pas en être convaincu après avoir lu Pierre Rabhi, Txetx, Keny Arkana, Rob Hopkins, et bien d’autres qui ont tiré tant d’enseignements et d’inspiration de leurs voyages lointains? Plus personnellement, je m’aperçois au quotidien du clivage rural/urbain, Strasbourg/Nord de l’Alsace et de l’importance de vivre ensemble, de construire ensemble pour se comprendre. Je ne dirais pas que je travaillerai à 35km de mon domicile toute ma vie, mais j’y vois certains aspects positifs. Maintenant, au vu de la situation écologique actuelle, il serait temporairement responsable de limiter les voyages, ou les déplacements énergivores et consuméristes. 

 

Au-delà de la réduction de ma mobilité, c’est sur mes moyens de mobilité que j’ai beaucoup travaillé. De 2011 à fin 2015, l’avion représentait 46% de ma distance parcourue, la voiture 48% (dont 22% tout seul). Les autres moyens de transport ne dépassaient pas les 6% de ma distance parcourue.

En 2016 (j’avais déjà commencé mes efforts en 2015), j’ai travaillé sur ma mobilité au quotidien. Pour me rendre au travail, nous avons covoituré à 2 parfois même à 3. J’ai aussi pris 29 fois le vélo, pour joindre l’agréable à l’utile. Et enfin depuis un mois, j’ai sauté le pas en m’abonnant au TER et en me rendant donc au travail en train (et forcément en vélo, 80km par semaine). C’est un effort personnel conséquent, j’ai doublé mon temps de déplacement, mais l’impact environnemental est considérable. Je compte continuer en 2017 (et lire de nouveaux livres, c’est le gros avantage).

 

Mobilité 2016: résultats, analyses et réflexions

Au quotidien, j’effectue tous mes trajets courts (inférieurs à 8km) à vélo, et prend les transports en commun quand je suis fatigué ou accompagné. Sur mes déplacements nationaux (encore 3 vols courts courriers en 2016), je privilégie de plus en plus le train, quitte à passer une journée entière comme je ferai le 31 décembre. Là aussi, c’est l’impact environnemental qui motive mon choix (NB : j’ai bien conscience que le TGV est nourri au nucléaire). Il en résulte qu’en 2016 les moyens de transport alternatifs à la voiture à l’avion , représentent plus de 30% de ma distance parcourue. Je n’ai parcouru « que » 3 000 kilomètres seul dans ma voiture.

Mobilité 2016: résultats, analyses et réflexionsMobilité 2016: résultats, analyses et réflexions

Ces efforts de mobilité m’ont permis de réduire mes émissions de CO2 de plus de 60% (alors que j’ai réduit ma mobilité de 30% « seulement »). A l’aide des quelques graphes suivants, j’aimerais mettre en lumière le fort impact de la voiture (notamment seul), et surtout de l’avion sur l’environnement. Si la voiture est aujourd’hui vue comme une source de pollution par la plupart d’entre nous, l’avion (grand absent de la COP21, et dont le trafic est en hausse exponentielle) associé aux voyages lointains et exotiques, à la découverte d’autres cultures bénéficie d’une image beaucoup moins noire sur le plan environnemental. C’est une des principales raisons qui motive mon témoignage.

Mode de transport, kg de CO2 par km
Mode de transport, kg de CO2 par km

Mode de transport, kg de CO2 par km

Mais pourquoi faire tous ces efforts? Oui, la plupart se le demande peut-être encore.

Nous vivons dans une société basée sur la croissance économique , qui ne prend pas en compte les ressources limitées de notre planète. Nos pays dits "développés" ont construit des modèles non durables, où nous sommes constamment incités à consommer. Nous avons foi dans le progrès, mais force est de constater que nous sommes face au mur, et qu'il serait irresponsable d'attendre tout de celui-ci (c'est malheureusement le progrès qui a fortement contribué à la situation actuelle). Dans ce graphe final, vous verrez la part d'émission carbone réservée à chaque humain si nous voulons préserver la vie sur Terre (mobilité mais aussi logement, consommation, alimentation...). En France, au vu des infrastructures et des modes de vie établis, pour vivre durablement, il faudrait vivre en marge.

L'extinction de l'humanité est devenue une menace probable à une horizon 70/100 ans. Nous vivons dans des zones tempérées et ne sommes pas au premier plan. Mais déjà aujourd'hui, des catastrophes naturelles toujours plus nombreuses, plus fortes nous rappellent que nous ne sommes pas à l'abri. C'est nos frères les plus pauvres qui en payent les frais.

mes emissions carbone relatives au transport, vs les émissions carbones totales allouées à chaque terrien. Kg de CO2

mes emissions carbone relatives au transport, vs les émissions carbones totales allouées à chaque terrien. Kg de CO2

C'est avec beaucoup d'humilité que je partage mes efforts. Bien que j'en sois fier, je ne suis pas satisfait de mes résultats, et de manière globale de mon impact sur l'environnement. Je ne suis toujours pas un champion de la mobilité, mais je pense avoir pris conscience de mes incohérences.

Si je suis conscient que la responsabilité individuelle est fondamentale, j'ai aussi la certitude que sans une "convergence des consciences", nous foncerons encore plus vite dans le mur. Aussi, je vous demanderais de partager mon témoignage à tous ceux qui n'ont pas conscience de leur responsabilité, de leur impact.

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Gilles 21/12/2016 18:04

Merci, cette année, le fait que je n'ai pas pris l'avion dans le cadre de déplacements professionnels est exceptionnel.

A mon avis, on doit dissocier la mobilité domicile-travail + loisirs de la mobilité à l'intérieur de l'entreprise (missions professionnelles).

Gilles 21/12/2016 15:41

Sujet passionnant !

A propos de l'avion, l'impact sur l'environnement est très différent de celui de la voiture.
Sur le plan CO2, c'est pire. Mais il est beaucoup plus discret que la voiture !
Il n'est pas responsable des pics de pollution aux particules, ni de bruits désagréables, il est moins encombrant que toutes les voitures stationnées dans les rues qui prennent chacune 20 m2 d'espace public, sont inesthétiques, et sont sous-utilisées... Et l'avion ne partage pas la route avec les cyclistes, piétons... Bref, l'avion, c'est cool, ça ne se voit pas !

Qq suggestions :
"réduire ma consommation de CO2" ==> "réduire mes émissions de CO2"

A vue de nez, ma mobilité / an est composée de :
- 8000 km de voiture à 2 (conso 5.5L essence / 100km)
- 1000 km de voiture à 3 (conso 5.5L essence / 100km)
- 1000 km de voiture seul (conso 5.5L essence / 100km)
- 2000 km de train
- 3500 km de vélotaf
- 100 km de bus ou tramway ou métro

Ca fait combien d'émissions de CO2 tout ça ?

Peio 21/12/2016 16:35

Salut Gilles,

Pour avoir une idée, tu multiplies les km de voiture par 0.2kg et tu divises par le nombre de passagers à l'intérieur. Pour le train, si TER 0.03 si TGV, 0.003, rapport 10! Tu es à environ 1200kg de CO2 concernant la mobilité, ce qui est exemplaire en France!